Le 16/04/2012
Par Sandrine
Le Sud Lipez à vélo, nous en rêvions depuis longtemps mais n’arrivions pas à nous décider. Les avis sont partagés dans le monde des cyclotouristes. Presque tous les cyclistes que nous avions rencontrés nous ont mis en garde : « 8 cyclistes sur 10 rebroussent chemin », « c’est plus pour le challenge physique que pour les paysages », « vous n’allez que pousser vos vélos dans le sable », etc. De quoi nous dissuader et pourtant, l’idée de le traverser a commencé à germer dans nos esprits. La lecture des récits de cyclistes qui s’y sont frottés nous laissent rêveurs. Tous sont unanimes : les paysages traversés sont grandioses et uniques. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que nous nous sommes décidés à nous lancer dans cette aventure à peine quelques semaines avant d’arriver à San Pedro de Atacama, notre porte d’entrée en Bolivie.
Petit résumé:
- 04/04/2012 (Jour 211)
Départ de San Pedro de Atacama (2400 m), distance parcourue : 23,73 km, Temps pédalé : 2h40, Altitude au bivouac : 3205m
- 05/04/2012 (Jour 212)
Bivouac sur la montée vers le poste frontière bolivien, distance parcourue : 15,88 km, Temps pédalé : 3h39, Altitude au bivouac : 4414m
- 06/04/2012 (Jour 213)
Nuit au refuge à l’entrée du Parque Eduardo Avaroa, distance parcourue : 15,54 km, Temps pédalé : 1h37, Altitude au refuge : 4348m
- 07/04/2012 (Jour 214)
Bivouac aux thermes de Polques, distance parcourue : 44,20 km, Temps pédalé : 4h52, Altitude au bivouac: 4400m
- 08/04/2012 (Jour 215)
Bivouac aux geysers Sol de Manana, distance parcourue : 20,65 km, Temps pédalé : 4h01, Altitude au bivouac: 4894m
- 09/04/2012 (Jour 216)
Bivouac à la Laguna Colorada près du refuge Nord, distance parcourue : 38,97 km, Temps pédalé : 4h20, Altitude au bivouac : 4299m
- 10/04/2012 (Jour 217)
Bivouac environ 10 km après l’Arbre de Pierre dans une maison en ruine, distance parcourue : 27,25 km, Temps pédalé : 3h59, Altitude au bivouac : 4569m
- 11/04/2012 (Jour 218)
Bivouac sur la route de la Laguna Ramaditas, distance parcourue : 36,97 km, Temps pédalé : 4h55, Altitude au bivouac : 4277m
- 12/04/2012 (Jour 219)
Nuit au refuge de la Laguna Hedionda, distance parcourue : 16,94 km, Temps pédalé : 1h49, Altitude au refuge : 4125m
- 13/04/2012 (Jour 220)
Nuit dans une hospedaje à Alota, distance parcourue : 69,10 km, Temps pédalé : 6h09, Altitude du village : 3830m
- 14/04/2012 (Jour 221)
Nuit dans une hospedaje à San Cristobal, distance parcourue : 58,76 km, Temps pédalé : 4h36, Altitude du village : 3750m
- 15/04/2012 (Jour 222)
Nuit à Uyuni, distance parcourue : 89,36 km, Temps pédalé : 6h22, Altitude du village :3660m
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Mercredi 4 avril 2012 : Ciao ciao le Chili
Le temps de se faire tamponner le passeport avant de quitter San Pedro de Atacama et nous voilà à l’assaut de la terrible montée de 28 km qui nous amène de 2400 à 4600m d’altitude. Un faux plat montant d’une douzaine de km nous met en jambe avant de nous engager dans « ce qu’on aura vécu de plus dur physiquement ». Ca attaque dur. On appuie sur les pédales mais nous avons les jambes courbaturées et le souffle court. Il fait chaud et le soleil tape fort. Nous transpirons abondamment. C’est dur, très dur. Un automobiliste a pitié de nous et nous propose de nous amener au col. Il ne comprend pas pourquoi nous refusons poliment, car pour nous tout est clair : comment trouver les forces nécessaires pour traverser le Sud Lipez si nous n’arrivons pas à vaincre cette montée sur route asphaltée ? Nous allons en baver mais on veut tenter de monter sur l’altiplano seul, même si on doit pousser le vélo une journée ou deux avant d’atteindre le col. Ce qui nous attend après est réputé comme étant tellement difficile que si l’on n’arrive pas à avancer sur cette montée, je ne vois pas par quel miracle on arrivera à atteindre les geysers situés à 5000m sur piste sablonneuse… Pour nous encourager, il nous dit que nous sommes « muy valiente ! ». Il doit surtout nous prendre pour des fous
.
Au bout de 2h40 d’efforts soutenus, nous sommes K.O, surtout moi.

Le volcan Licancabur

Un bivouac sympa
Jeudi 5 avril 2012 : Toujours sur la montée de la mort
On crache nos poumons. Si la 1ere heure se passe convenablement, la fatigue et l’altitude nous achèvent bien vite. Vincent voudrait en finir avec les 18 km qui nous restent. Je n’y crois pas. Je suis lessivée. Après un déjeuner frugal composé d’un œuf dur et d’une tranche de pain chacun, Vincent me propose un « plan » pour que j’évite de pousser mon vélo : pédaler 100m puis faire une pause, et ainsi de suite. Ça marche, nous avançons lentement, mais nous avançons. C’est l’essentiel. On parvient de cette manière à progresser de 4 km. C’est 4 km de gagné ! Cette montée est de loin l’épreuve physique la plus dure que nous ayons connue, plus qu’un marathon, qu’une course des Templiers (course à pied en montagne de 72 km). De plus, nous ne sommes pas acclimatés (ce qui semble être le réel problème). Chaque coup de pédale est une torture et très vite, Vincent ressent les premiers signes du mal des montagnes. Faut dire que vers 16h, nous sommes déjà à plus de 4000m d’altitude. Le manque d’oxygène et l’effort considérable à fournir nous asphyxient. Vincent a la nausée, il est dans un sale état. Je me mets à rechercher un coin pour bivouaquer et je le trouve très vite. Heureusement. Nous fournissons un dernier effort pour hisser les vélos sur une butte. Il est 18h30 quand nous avons fini d’installer la tente et il fait un froid de canard. Vincent ne peut rien avaler à part une tisane chaude. Je me fais de la purée instantanée. C’est pas le moment de calancher, faut prendre des forces ! Il est 19h45 lorsque nous nous couchons.

On croise pas mal de lamas sur la route

Km 30.... et deja KO

Vendredi 6 avril 2012 : A nous le Sud Lipez!
La nuit a été froide. La poche à eau laissée dans l’abside a gelé. Nous attendons que les premiers rayons de soleil réchauffent la tente avant de commencer à sortir de notre nid et de plier nos affaires. Nous avons décidé depuis 2 jours de faire fonctionner notre réchaud à l’intérieur de la tente car il fait trop froid ! Au réveil à 8h, le thermomètre affiche 0°C dans la tente. Faut dire que c’est notre bivouac le plus haut jusqu’à présent, à 4414m. Vincent est guéri mais à mon tour d’avoir des troubles gastriques. Jamais de ma vie, je n’ai pris autant d’Immodium… On part à l’assaut des 2,2 km de montée restante. Attaquer une telle montée au réveil, je n’y arrive pas. Je décide alors de pousser mon vélo. Je pousse 100m puis je m’arrête, incapable de faire plus. Je suis essoufflée. On finit par passer le fameux col à 4600m mais toujours pas de panneau « Accesso en Bolivia ». Encore un dernier km pour enfin voir la piste en montagnes russes, qui nous mènera vers notre 3e pays : la Bolivie. Nous croisons un motard new-yorkais qui nous mettra en garde sur notre itinéraire. Le Salar d’Uyuni est en partie inondé et il nous faudra opter pour un autre chemin vers la fin de notre parcours. Nous atteignons dans la foulée le poste frontière bolivien. Une cahute au milieu de nulle part. On pourrait penser que seuls les punis sont envoyés ici. Nous nous arrêterons 6 km plus loin, dans notre premier refuge, à l’entrée du parc, où nous avons à nous acquitter de 150 bol par personne.
Anecdote : dans ce refuge, nous avons subi un repas « forcé ». Par-là, je veux dire un repas non commandé mais que nous devons payer. Alors qu’on pensait manger le menu qu’on avait commandé, une femme travaillant dans le refuge nous apporte une soupe et une assiette appétissante, que nous engloutissons. Elle finit par nous expliquer que c’est un cadeau qu’elle nous fait et que notre « vrai » repas est en préparation. Par contre, si son cadeau nous plaît, il nous suffit de lui donner un pourboire… En nous mettant directement les plats sous le nez, nous étions à 10 000 lieux d’imaginer que cette pratique pouvait exister, encore moins que nous allions déjeuner… 2 fois !! On se déleste de quelques bol et Vincent précisera à cette femme (avec le sourire) qu’on ne veut pas de ça ce soir, ni demain matin.
En tout cas, il fait bon se reposer au chaud et admirer la superbe vue sur la Laguna Blanca, la première d’une longue série.


Le poste frontiere bolivien

Premiere impression: la route est plutot bonne
Samedi 7 avril 2012 : Au pays des merveilles
La nuit fut plutôt bonne et ce matin, pas besoin de nous lever aux aurores car nous ne sommes qu’à 8 km de la Laguna Verde, lieu mythique du Sud Lipez mille fois photographié. Pas la peine de se presser car la lagune ne prend sa belle couleur émeraude que sur les coups de 9h30/10h lorsque le vent se lève. Nous avons hâte de monter sur nos selles pour cette première journée dans le parc, d’autant plus que la Laguna Blanca toute proche nous renvoie le reflet des montagnes enneigées. C’est sublime. Le soleil est radieux et la piste plutôt bonne. Très vite, plusieurs 4×4 nous doublent. C’est « l’heure » pour la Laguna Verde. Quelques coups de pédales encore et nous arrivons au passage où les deux lagunes se rejoignent. Nous rions comme des enfants, heureux d’évoluer dans ce paysage à couper le souffle. Nous atteignons le mirador de la Laguna Verde en même temps que d’autres 4×4. Il y en a au moins cinq, chargés de touristes et d’autres arrivent au loin. Certains curieux viendront nous parler, d’autres prendront des photos de nous à la dérobée ou encore viendront regarder nos vélos de très près sans jamais nous adresser la parole. Etranges comportements. Nous admirons la superbe vue mais il faut se battre pour prendre des photos sans touriste sur les clichés. Nous voilà partis en direction d’un col à passer situé à 4730m, après lequel nous devrions rejoindre les thermes de Polques où nous comptons passer la nuit. Nous sommes enchantés de pédaler dans un environnement si fabuleux. Nous n’avions rien vu de tel jusqu’à présent. Une fois arrivés aux thermes, une bonne quinzaine de personnes sont là, les 4×4 rangés en enfilade. Il est déjà assez tard, aux alentours de 18h. Ici, le soleil se couche vers 19h. Ils ne devraient donc pas tarder à partir pour nous laisser seuls à admirer le coucher de soleil sur une lagune remplie de flamands roses. Nous posons notre tente près d’un refuge en construction pour nous abriter du vent d’ouest et filons nous réchauffer dans le bassin, seuls et heureux de nous baigner dans une eau bien chaude contrastant avec le vent glacial. Il n’y a plus personne. Le calme est absolu. Nous apprécions la magie des lieux et savourons ce moment exquis et rare.
Le personnel du refuge nous prévient : « demain vers 6h, nous attendons une vingtaine de 4×4. Ça va être le rush ». On est prévenu. Profitons à fond de ce moment de quiétude.

Un paysage sublime des nos premiers coups de pedales de la journee

La Laguna Blanca



Passage de gue entre la Laguna Blanca et la Laguna Verde

La Laguna Verde commence a prendre sa belle couleur emeraude

En route vers les thermes de Polques

Parfois la piste change

Le bonheur de pedaler dans un si bel environnement


La route est tres bonne

Sur notre droite, des montagnes de toutes les couleurs

Le Desert de Dali au fond

Arrivee aux thermes de Polques

Le meilleur moment de la journee !
Dimanche 8 avril 2012 : Pédaler au-dessus du Mont-Blanc
Effectivement, le soleil n’est pas encore levé que des vrombissements se font entendre. La nuit a été froide. Nous ne sommes pas habitués à dormir si haut. De notre tente, nous entendons des rires bruyants, des gens sauter dans le bassin. Il est à peine 6h30. Nous parviendrons à dénombrer 20 4×4 et ce n’est que le début. Plusieurs autres véhicules passeront mais décideront de ne pas s’arrêter. Les touristes se baignent par sas avant d’aller prendre leur petit-déjeuner par groupe. Nous prenons notre petit-déjeuner devant ce spectacle, qui nous semble si loin de notre quotidien. Les agences organisent le tour du Lipez en 3 ou 4 jours, à un rythme infernal. Levés aux aurores, couchés dans des refuges bien souvent très sommaires sans douche, les touristes sont assis la très grande partie de la journée dans un 4×4. Pourtant, tous sont prêts à ce « supplice » pour pouvoir admirer cet environnement si unique. Nous mesurons à quel point nous sommes heureux de voyager à vélo, libres d’aller et de venir à notre guise. En tout cas, s’il existe un réel danger pour nous ici, ce sont les 4×4 que nous croisons. Le vent nous siffle dans les oreilles, masquant le bruit des moteurs arrivant derrière nous. Il nous faut être vigilants car les véhicules roulent en cortège, soulevant des nuages opaques de sable à notre niveau. Mis à part le fait que nous « mangeons » de la poussière à chaque fois qu’un 4×4 nous dépasse, le nuage sableux créé est aussi un gros danger puisque les véhicules qui suivent ne nous voient plus. On compte malheureusement des accidents réguliers de cyclistes ici (c’est le comble dans un désert quand même !). Si certains conducteurs ralentissent à notre vue, d’autres nous rasent en nous envoyant à chaque fois un bon jet de pierres. L’altitude et les pistes sablonneuses rendent déjà le voyage plutôt éprouvant pour un cycliste. A cela, il faut aussi faire attention aux comportements des rares humains présents dans cette contrée…
Depuis notre départ des thermes, une grande montée douce d’une vingtaine de km nous emmène vers des geysers. Très vite, je me sens nauséeuse. Mes jambes ne répondent plus et ma tête me fait mal comme serrée dans un étau. C’est l’altitude. Je ne suis pas encore habituée. Je n’arrive pas à pédaler et le moindre mouvement m’essouffle. Je suis à court d’oxygène et mon cœur bat comme une furie. On est à plus de 4500m. Tout effort devient éprouvant. Je sens que mon corps subit une contrainte très forte. Ma peau est desséchée. En bonus, les ongles de mon pouce et de mon index droits commencent à se décoller d’en dessous depuis quelques jours. Ca saigne. La petite peau autour des ongles commence aussi à se craqueler, laissant échapper un minuscule filet de sang. Vincent aussi le constate sur ses mains mais lui a la pêche ce matin. Avec le sourire, il m’aide à pousser mon vélo. Il pédale sur son vélo sur une centaine de mètres puis redescend à pied pousser le mien. Ce sera grâce à lui que nous réussissons à vaincre cette montée. La pause déjeuner arrive mais je ne peux manger. Je me sens extrêmement fatiguée. Vincent, inquiet, arrête un 4×4 pour demander si quelqu’un a un remède pour vaincre le mal des montagnes et revient avec un sachet de feuilles de coca, à chiquer me dit-il. Il me force à en prendre. Je mastique quelques-unes de ces feuilles ressemblant à des feuilles de ficus séchées. Petit à petit, je parviens à remonter sur ma selle, tel un phénix qui renaît de ses cendres ! L’essoufflement est toujours là mais mes jambes répondent à nouveau. Nous parviendrons après plus de 4h d’efforts intenses à couvrir les 20km jusqu’aux geysers, où nous camperons à plus de 4900m.

6h30 du matin, on regarde le ballet des 4x4

Ici commence la montee aux geysers

Type de piste sur cette section

Un par un, mes ongles se decollent...

La montee vers les geysers Sol de Mañana

4915m : nous sommes plus haut que le Mont Blanc!!

Vincent en super forme
Lundi 9 avril 2012 : Rencontre au-dessus du Mont-Blanc
Voilà un rêve réalisé : pédaler au-dessus du Mont-Blanc ! En plus ce matin, je vais mieux. C’est la nuit la plus froide que nous ayons connue. On se réveille avec de la glace dans la tente (- 5°c à l’intérieur, -15°c à l’extérieur) et sur nos duvets. Selon notre topo, nous devrions redescendre en altitude dans la journée pour atteindre la Laguna Colorada. Mais avant, la piste continue de grimper jusqu’à 4980m. Vincent avance sans aucune difficulté. On dirait un poisson dans l’eau. Je ne l’ai jamais vu pousser son vélo, même dans les sections très sablonneuses ou caillouteuses. Il est très fort et résistant. Arrivés en haut de la côte, nous croisons un pick-up monté d’une cellule. Vincent en profite pour demander l’altitude exacte qu’ils ont (il rêvait secrètement de pédaler à plus de 5000m). Ce sont des français ! Et sans hésiter, ils nous proposent immédiatement de monter prendre un chocolat chaud avec des tartines à la confiture (ou confiture à la tartine). On ne se fait pas prier, tellement heureux de croiser des compatriotes ! Michel et Bernadette sont un couple de retraités et ont quitté la France il y a 3 ans. Ils sillonnent le monde à bord de leur véhicule. Après le continent africain, les voilà sur le continent américain. Nous papotons un long moment mais ils doivent passer à la douane pour déclarer leur véhicule. Nous nous embrassons et nous donnons rendez-vous ce soir au bord de la Laguna Colorada, sans trop y croire. Motorisés, ils vont tellement plus vite que nous.
Nous continuons notre chemin. Nous avons l’intention de nous diriger vers le refuge nord car nous savons que nous pouvons y prendre un repas complet. Cette idée nous fait saliver et nous donne des forces pour pédaler. Nous croisons des 4×4. Certains s’arrêtent à notre niveau pour nous applaudir, d’autres pour nous filmer et un qui s’arrêtera complètement pour nous parler (des bretons super cools). Je crois qu’on suscite à la fois de la pitié et une sorte d’admiration. La Laguna Colorada est encore loin lorsque s’amoncellent sur notre gauche de gros nuages noirs menaçants. Bientôt, nous entendrons gronder le tonnerre et la neige commence à tomber. Faut pas traîner ! A cette altitude, le son généré est terrifiant. On a l’impression que le ciel va nous tomber dessus. On force sur les pédales pour en finir avec la dizaine de km qui nous séparent du refuge. On finit par y arriver, à bout de force. Il y a des lits disponibles en dortoir mais toujours pas de douche. On hésite quand soudain nous apercevons le véhicule de Michel et Bernadette ! Comme promis, ils sont venus. Ils nous ont cherchés ! On saute de joie à leur vue. On décide tous les 4 de camper là, le véhicule nous servant de bouclier contre le vent. Ils nous invitent à dîner. Au menu : soupe d’asperge, pâtes au fromage avec des sardines à la sauce tomate, carrés de chocolat en dessert. Grand luxe pour nous ! On se régale. On écoute leurs histoires sur l’Afrique et on se met à rêver. Ils nous parlent des tribus Imbam, des pygmés, de la haine des Afrikaners envers la population noire et réciproquement… On est émerveillé. On se dit bien volontiers que notre prochaine destination sera l’Afrique ! On passe une super soirée en leur compagnie et on les remercie mille fois pour tant de générosité.

Nuits fraiches: il faut dormir bien couvert

Les geysers de Sol de Mañana vers 8h


Plus de 4900m et ca monte encore: mais ou allons-nous comme ca??

Avec Michel et Bernadette

Toutes les pistes menent a la Laguna Colorada


Ouh la la, la Laguna Colorada est cachee par de gros nuages

Gros temps a l arriere, sauve qui peut

Enfin le refuge nord !!

Bivouac tous les 4
Mardi 10 avril 2012 : L’heure des adieux
Au réveil, Michel nous annonce qu’il a fait -13°C cette nuit et qu’ils ont eu froid. On commence à être habitué car on a dormi comme des bébés. Il est 6h30 lorsqu’on se réveille et on est (encore) invité à prendre un petit-déjeuner, au chaud dans le mini salon de Michel et Bernadette. Cette fois-ci, c’est la dernière. Ils s’en vont pour le village d’Uyuni. Nous aussi, mais contrairement à eux, on mettra 5 voire 6 jours. On se dit au revoir, on se dit que le monde est petit alors… sans doute qu’on se croisera à nouveau. On sort du parc Eduardo Avaroa, direction l’Arbol de Piedra. On nous a prévenu que les 50/60 prochains km allaient être pénibles et moins intéressants. Au bout de 20 km, on arrive à l’Arbre de Pierre, où on en profite pour déjeuner à l’abri du vent derrière des formations rocheuses. On se dépêche de partir en voyant un défilé de 4×4 arriver. Ce soir, on s’arrêtera camper dans une « maison » en ruine sans toit, sur la route de l’Hotel del Desierto.

La Laguna Colorada sans les nuages: une explosion de couleurs

Il faut continuer notre route: nous quittons avec regret la Laguna Colorada

La piste commence a se degrader

Vincent avance tranquillement devant

L Arbol de Piedra ou Arbre de Pierre, formation faconnee par le vent

Nous devrions etre bien abrites du vent
Mercredi 11 avril 2012 : Une journée ordinaire dans le désert
Nuit froide à 4569m. L’abri nous a protégés du vent mais je réveille encore avec de la glace sur mon duvet et dans la tente. L’eau laissée dans la tente a gelé une fois de plus. Ca fait maintenant 7 jours qu’on n’a pas pris de douche et ça joue sur le moral rrrrhhh, enfin surtout pour moi :-). Mes ongles se décollent de plus en plus et me font souffrir. J’ai du mal à me servir de mes doigts pour passer les vitesses. La pression exercée sur les ongles me fait un mal de chien. Je remarque aussi que l’altitude modifie nos comportements alimentaires. Moi, qui d’habitude adore les fruits secs, je les déteste ici. Ils me donnent la nausée. Du coup, je ne mange pas beaucoup. La sensation de sucré et de salé est aussi modifiée. On n’arrive plus à manger notre avoine du matin avec du lait et du sucre. Heureusement, pour notre plus grand bonheur, Vincent a réussi à acheter 4 pancakes et 8 petits pains au refuge d’hier. Alors ce matin c’est royal : 2 pancakes chacun avec du miel et du manjar (sorte de confiture de lait) ! C’est un festin. Ces petits plaisirs sont si énormes dans des endroits pareils. Ils sont capables de changer le cours d’une journée, de tout illuminer comme par magie.
La section qui nous attend est une succession de montées et de descentes douces mais sur pistes sablonneuses. J’alterne poussage et pédalage. Vincent, toujours dans son élément, avance sereinement. Nous voyons se profiler à l’horizon l’Hotel del Desierto mais ce n’est pas pour nous. Nous avons encore suffisamment d’eau pour tenir une journée de plus et atteindre le prochain refuge. On s’arrête déjeuner. Au menu depuis quelques jours : 2 tranches de Pumpernickel (pain compact allemand), une demie boîte de thon à l’huile ou pâté et un demi snickers en dessert chacun. Un 4×4 s’arrête pour prendre nos vélos en photo. Toujours pas un mot. On n’existe pas, on fait partie du décor. En tout cas, si un 4×4 s’arrête, ce n’est jamais pour savoir comment on va, si on a besoin de quelque chose. Par contre, pour prendre des photos à la dérobée, ça, pas de souci… L’après-midi passera moins vite. Après une montée pénible dans le sable jusqu’à 4680m, la descente tant attendue ne le sera pas moins. Tôle ondulée, sable mou, pierres sont au programme d’une longue descente de 20 km vers les lagunes, les dernières de notre programme dans le Sud Lipez. C’est de l’enduro avec des vélos chargés en eau et en nourriture. Vincent, toujours au top de sa forme, me transmet sa bonne humeur. Fier, heureux et fort, il ne cesse de m’aider à pousser mon vélo à chaque fois que je peine. Sur les sections les plus techniques, il se charge de son vélo et du mien. Il m’épate. Il est à peine essoufflé. Aurait-il du sang andin dans les veines ?? Des nuages noirs s’accumulent au loin et on espère qu’ils ne viennent pas droit sur nous. On campe à l’abri du vent, collé à une butte. Il est 18h30 et il commence à faire très froid. Le soleil commence à se coucher. On se dépêche de dîner. Dodo vers 20h.

En route !


Pas mal de sable mou

Beaucoup de pistes mais aucune de vraiment bonne

Encore un passage de col, 4680m

Fin de journee: repos !
Jeudi 12 avril 2012 : Enfin une douche!
Il fait meilleur de dormir à 4277m. Pas de glace au réveil. Par contre, c’est la pluie qui nous réveille ce matin. Tout est gris autour de nous. Je suis étonnée de constater qu’il peut pleuvoir à cette altitude avec un froid pareil. La petite pluie fine façon british ne nous lâchera pas. Il nous reste environ 20 km avant le prochain refuge, au bord de la Laguna Hedionda. Les différentes pistes qui y mènent ne sont pas bonnes pour nous cyclos. Il y a beaucoup de sable et de pierres. Il fait froid et l’humidité ne fait que renforcer cette sensation. On passe à côté de trois lagunes mais elles nous semblent bien tristes sous les nuages gris. Nous finissons par arriver au refuge, où deux jeunes femmes boliviennes nous accueillent. Le tarif est le suivant : environ 10 euros par personne pour le couchage mais douche avec eau chaude comprise. C’est cher pour ici mais l’appel de la douche est trop fort. Il pleut, ça fait 8 jours qu’on rêve d’être propres, on dit Bingo ! C’est dans une salle de bain glaciale que nous prendrons une douche à peine tiède. Et le comble dans tout ça, c’est que ça restera le moment le plus froid de cette traversée. On mettra l’après-midi à nous réchauffer mais ça fait quand même du bien. Il pleut toujours dehors. On se repose, on bouquine, on écrit et on filtre de l’eau. On prie pour que le soleil revienne demain matin. Demain, nous devrions atteindre la route pour Alota, premier village en direction d’Uyuni. Après quelques échanges avec des boliviens, nos craintes se confirment : nous ne pourrons pédaler sur le Salar, celui-ci étant toujours inondé. Nous n’avons d’autre choix que d’aller directement au village d’Uyuni.

Il fait trop moche, pas envie de faire de photo aujourd hui

On est gele
Vendredi 13 avril 2012 : En route vers la civilisation
Le soleil est au rendez-vous ce matin ! Avant de reprendre la route, nous allons au bord de la lagune admirer les nombreux flamands roses. Il y en a des centaines. L’eau de la lagune, très bleue, contraste avec les sommets enneigés aux alentours. Nous prenons la route en direction de la dernière lagune, la Laguna Canapa, très belle également. Séance photo dans ce paysage féerique avant d’avancer vers le Paso Toun-Toun, un col à 4260m, qui devrait nous mettre sur la route « Internationale » (s’il vous plaît) d’Alota. Nous parviendrons à passer le col en fin de matinée. Une quarantaine de km nous séparent d’Alota. Vincent voudrait y être ce soir, seulement la route non asphaltée quoique bonne, est en montagnes russes. A 15h, il nous reste encore une bonne trentaine de km… autant dire qu’aucun de nous deux n’y croyait plus. On traverse des paysages sublimes, des montagnes de toutes les couleurs, de vastes plaines vertes, des formations rocheuses incroyables. On en oublie notre fatigue. Puis, l’incroyable arriva : une descente vers le village. Une vraie descente douce sur une bonne piste d’une trentaine de km sans trafic. Un régal ! La route pour nous. Un bonheur total.
On arrive rapidement à Alota, notre premier village bolivien. Les rues sont tristes et vides. On nous indique une hospedaje (auberge) bondée de touristes en 4×4. On est fatigué alors ça ira bien pour ce soir. On s’achète un paquet de spaghettis et on se fait un dîner royal. On avale les 400g de pâtes en un rien de temps. Ca fait tellement du bien de manger des pâtes après 10 jours à manger de la purée le soir !

Magnifique ! La Laguna Hedionda sans la pluie

Toujours la Laguna Hedionda

Flamands roses de la Laguna Hedionda

De quelle espece de flamands roses s agit-il?

La Laguna Cañapa, la derniere de la serie

Nos fideles montures se portent comme des charmes malgre les pistes parfois difficiles


Piste tres caillouteuse vers le Paso Toun Toun

Notre dernier col a passer

Ca y est, on est sur le Camino International !


Les derniers km avant Alota

Le village d Alota
Samedi 14 avril 2012 : Montagnes russes, montagnes russes toujours
Notre but aujourd’hui est d’atteindre San Cristobal, notre 2e village bolivien sur la route d’Uyuni. Après nous être renseignés sur le profil de la route et la distance, nous partons confiants. D’après un chauffeur de 4×4, la route est complètement plane et seulement 45 min en voiture suffisent pour arriver au village. C’est 4h30 que nous mettrons pour arriver ! Comment avons-nous pu croire que dans les Andes, il pouvait y avoir du plat ?? Nous décidons de nous arrêter déjeuner dans un petit village au bout de 40 km. On va pouvoir profiter de l’almuerzo, menu du midi à prix modique. On paiera environ 1,50 euros par personne pour une soupe copieuse de quinoa, suivie d’un plat de pomme de terre avec de la viande en morceaux le tout relevé d’épices délicieuses, une banane en dessert et une limonade maison avec du jus de citron ! On a tellement mangé qu’on ferait bien une petite sieste. La suite de la journée sera laborieuse. On se fait doubler par de nombreux camions, nous envoyant à chacun de leur passage un lot de projectiles et de poussières qui nous asphyxie. On est tout sale. On s’arrête à San Cristobal. Il nous reste entre 93 et 110 km avant d’arriver à Uyuni, notre destination finale. Ici, personne n’arrive à se mettre d’accord sur les distances. Il ne nous reste plus que 55 bol (environ 5,50 euros). On fait le tour du village pour chercher une piaule pas chère, qu’on finit par trouver. 40 bol pour deux, on dit encore bingo et avec la télé en plus ! Par contre, la douche chaude est en sus. Tant pis, on optera pour une toilette de chat soignée (regard vif poil doux) et un lavage de cheveux à l’eau froide dans le lavabo. On voudrait utiliser les 15 bol restants pour acheter des pâtes et de la sauce tomate. On en a vraiment ras le bol de la semoule et de la purée ! On se dirige vers le marché central et là surprise ! Bienvenue en Bolivie ! C’est fou ce qu’on peut acheter avec 15 bol, soit environ 1,50 euros : un paquet de pop-corn, un paquet de banane frite, un paquet de gâteaux type Oreo, 6 mandarines, 500g de pâtes et un petit paquet de ketchup ! On est super agréablement surpris. Vive la Bolivie !

En route vers San Cristobal, notre 2e village bolivien

L enjeu est de taille : ne pas me faire cracher dessus par ces 2 lamas...

Il a l air tellement doux le petit a gauche !
Dimanche 15 avril 2012 : Direction Uyuni
Après 7 mois de voyage et plus de 10 jours dans le Sud Lipez, j’égorgerais un troupeau entier de lamas pour pouvoir regoûter à la savoureuse cuisine de ma maman : sa soupe de raviolis, ses crêpes vietnamiennes, ses brochettes à la citronnelle, son phô, etc. J’en rêve. Et Vincent aussi. Ou encore des petits plats de Catherine : ses sauces finement préparées capables de réveiller les pâtes les plus quelconques, ses cuisses de canard rôties, ses entrées multicolores, etc. On a faim ! On crève de faim même ! Alors pas question de traîner, on donnera tout aujourd’hui pour couvrir la petite centaine de km nous séparant d’Uyuni. On pédalera comme des forcenés pour y arriver et pour en finir avec le Sud Lipez, tout un symbole pour nous. On ne s’arrêtera déjeuner qu’après avoir envoyé 70 km. On devine que le pari va être gagné. On aperçoit Uyuni au loin et cela nous donne de l’énergie pour affronter les derniers km avec vent de face. On est surpris de rouler dans une sorte de décharge géante à ciel ouvert à l’entrée du village. C’est triste à voir. On arrive enfin sur les coups de 16h. On peut dire qu’on a envoyé du bois ! On est lessivé. On opte rapidement pour un hôtel confortable, histoire de bien se reposer. Premier réflexe, on file sous la douche (c’est pas du luxe quand on voit l’eau marron couler des cheveux de Vincent ! :-) ), fiers et tellement heureux d’avoir traversé le Sud Lipez à vélo, malgré une pointe de regret de n’avoir pu pédaler sur le Salar.

Une belle soiree s annonce sous cette lumiere exceptionnelle

2 min apres a peine: changement de couleurs
L’heure du bilan :
Quel est le plus grand danger du cycliste ?
Les 4×4 ! Nous en croisions une bonne vingtaine par jour, alors que la haute saison touristique ne débute qu’en mai. Il faut être vigilant.
Faut-il constamment pousser le vélo ?
Les pistes du Sud Lipez sont roulables à plus de 80%, voire 100% pour Vincent (l’homme qui ne pousse jamais son vélo). En tout cas, les pistes sont très bonnes jusqu’à la Laguna Colorada.
Peut-on se perdre dans le Sud Lipez ?
Nous n’avons eu aucun problème d’orientation dans la mesure où toutes les pistes mènent aux mêmes endroits. Il suffit de bien connaître les points d’intérêt successifs. En revanche, ne jamais écouter les conseils d’un seul conducteur de 4×4 mais se renseigner auprès de plusieurs afin de valider les informations. Bien souvent, ils n’ont aucune idée de ce qu’est une piste praticable à vélo et donc peuvent vous envoyer sur des chemins très pénibles…
Faut-il charrier beaucoup d’eau ?
L’eau n’est pas non plus un problème, dans la mesure où les distances entre chaque point d’eau sont de l’ordre de 50/60 km, soit 2 jours d’autonomie à gérer.
Quelle est donc la vraie difficulté dans le Sud Lipez ?
Selon nous, la vraie difficulté en venant de San Pedro de Atacama est l’altitude. Nous n’étions pas acclimatés, contrairement peut être aux cyclistes venant d’Uyuni. De plus, la montée de 28 km de San Pedro de Atacama vers l’accès en Bolivie a vraiment été la section la plus pénible pour nous et la plus difficile. Une fois arrivés sur l’altiplano, aucune montée même sur piste sablonneuse, ne nous a semblé si dure.
Pourquoi aller dans le Sud Lipez ?
Pour les paysages sublimes et uniques, qui valent très largement l’effort ! Cyclistes, je vous assure, allez-y, vous serez comblés :) !
Suerte à tous
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